En scooter vers le mont Batur

7 h 30, les mille bruissements de la vie du balé, les rires des enfants, Raï revient du poulailler avec des oeufs frais, j’ai les yeux encore plein des couleurs de la somptueuse cérémonie de la veille, un tel amoncellement d’offrandes minutieusement préparées, empilées dans un équilibre savant, que n’ébranlent jamais les lents mouvements de la foule superbement parée,

« pas de police, pas de casque » me dit Nyoman la première fois qu’il vient me chercher en scooter à Ubud, oui mais je lui précise que le casque c’est plutôt pour protéger nos têtes fragiles, alors, à chaque fois, police ou pas, nous portons un casque ….

en scooter, avec Nyoman sur un chemin près du lac Batur

en scooter, avec Nyoman sur un chemin près du lac Batur

Sur le scooter on entend le tintement des mobiles musicaux destinés à effrayer les oiseaux, les frottements, les coups secs, des outils sur le bois et la pierre dans les villages d’artisan, on sent l’odeur puissante des engrais et celle légère du vert qui nous enserre, le parfum des frangipaniers,  on est proche de cette vieille femme aux seins nus que l’on croise, du bric à brac coloré des warungs, des travailleurs en claquettes, des porteuses d’offrandes, de l’échappée des écoliers en uniforme…

La route monte et descend, tourne et retourne entre les étendues de champs, de forêts, on traverse  le village de sculpteurs sur bois, celui des fabricants d’autels, artisans du sacré

A l'oeuvre à Taro, le village de sculpteurs sur bois

A l’oeuvre à Taro, le village de sculpteurs sur bois

Le nom du dernier village avant le lac Batur est Penelokan. Le lieu d’où l’on regarde…

Le mont BaturEn s’approchant du lac Batur, fini le calme et la verdure, de lourds camions penchent sous leur cargaison de sable ou de lave du volcan, ils nous croisent ou nous dépassent, monstres cracheurs de poussière, le paysage se fait lunaire au milieu duquel brille le lac, vaste aplat de soie bleu vert dans ce chaos de lave.

Deux étudiantes en géologie, venues de Java, font une touche de couleur dans se paysage austère qui cache encore, dans un tunnel de lave, un petit temple

Deux étudiantes en géologie, venues de Java, font une touche de couleur dans se paysage austère qui cache encore, dans un tunnel de lave, un petit temple

Au bord du lac les pêcheurs et plus loin les pisciculteurs accroupis sur des casiers flottants, en équilibre sur le bleu métallique du lac. Le cadre serait idyllique sans la pompe bruyante et crachotant une épaisse et nauséabonde fumée noire … que l’on ne voit pas sur la photo.

pêcheurs avec casque au lac Batur

pêcheurs avec casque au lac Batur

Le warung où nous espérions déjeuner est fermé, celui où nous nous arrêtons est sans fenêtre et nous déjeunons d’un poisson frit, le mien n’a que la peau et les os si je puis dire et se débattre avec une cuillère et une fourchette (il n’y a pas de couteau) pour manger un poisson anorexique n’est pas simple ! Mais la sauce aux tomates et le riz mélangés sont un régal et l’appétit de Nyoman et Brahma qui se débrouillent beaucoup mieux sans couverts fait plaisir à voir !

Au désespoir du poisson frit, le petit récipient du fond avec de l'eau, c'est le lavabo, si on mange avec les doigts

Au désespoir du poisson frit, le petit récipient du fond avec de l’eau, c’est le lavabo, si on mange avec les doigts

Sur le chemin du retour, Nyoman nous emmène déguster café et thé, au gingembre, au ginseng, à la citronnelle  à la vanille, au cacao etc, dans une superbe plantation bio, à la magnificence toute tropicale.

Une charmante grand-mère occupée à la torréfaction des grains de café

Une charmante grand-mère occupée à la torréfaction des grains de café

fleurs de gingembre

Cacaoyer

Cacaoyer

Tamarillos (ou tomate en arbre ou encore prune du Japon... en Afrique)

Tamarillos (ou tomate en arbre ou encore prune du Japon… en Afrique)

A la source sacrée de Tirta Empul à Tampaksiring*, sans égard pour les nuages qui s’amoncellent les dévôts font leurs ablutions, après avoir déposé leurs offrandes, sous l’oeil impavide de quelques statues.

Ablutions à Tirta Empul

Ablutions à Tirta Empul

« d’après la croyance populaire, elle fut créée par Indra quand il transperça la terre pour faire naître une source d’amerta, l’ambroisie d’immortalité, avec laquelle il revivifia son armée empoisonnée par Mayadanawa. On attribue à ces eaux des pouvoirs magiques de guérison. Après avoir laissé une offrande à la divinité de la source, les hommes et les femmes vont se baigner chacun de leur côté. » (grand guide de Bali, Gallimard)

Grande Cérémonie à Payogan

Grande cérémonie au village de Payogan, les villageois la préparent depuis des semaines,  nous sommes 5 que Wayan Tara emmène au temple, lui-même ne participera pas, il n’a pas aidé à la préparation des offrandes et aurait honte de participer à la fête sans avoir donné de son temps et de son argent  Patient, il nous attendra longtemps dans un warung du village…

un des orchestres de Gamelan,  qui rytmeront la cérémonie. On aperçoit au fond,  le grand tableau où sont inscrits les donateurs des offrandes

un des orchestres de Gamelan, qui rytmeront la cérémonie. On aperçoit au fond, le grand tableau où sont inscrits les donateurs des offrandes avec le montant de leur don

Absorbée. Dans un autre espace temps.  Etrangère. Je ne suis pas un corps étranger. Enlevée, élevée, ravie. Par les couleurs, les odeurs, la musique et les danses. Par la ferveur légère et joyeuse, par l’opulence baroque des offrandes, dons d’ éphémère beauté .

gracieuses petites filles en habit de cérémonie

gracieuses petites filles en habit de cérémonie

La cérémonie est une fête, un moment de pause dans la vie quotidienne

La cérémonie est une fête, un moment de pause dans la vie quotidienne

dentelles de bambou, la délicatesse et la patience en offrande

dentelles de bambou, la délicatesse et la patience en offrande

Joie de vivre et d'être ensemble

Joie de vivre et d’être ensemble

Les petites danseuses de legong, concentrées (c'est un honneur de danser dans les cérémoies), se préparent

Les petites danseuses de legong, concentrées (c’est un honneur de danser dans les cérémoies), se préparent

Les garçons aussi offrent leurs danses rituelles

Les garçons aussi offrent leurs danses rituelles

L'orchestre de Gamelan annonce l'entrée en scène d'un des personnages de la danse du Barong

L’orchestre de Gamelan annonce l’entrée en scène d’un des personnages de la danse du Barong

La même histoire, la même communion

La même histoire, la même communion, les musiciens attentifs au moindre mouvement du danseur qu’ils précèdent ou ponctuent

Ce désir de participer, d'être là tout entier, musique s'il vous plait !

Ce désir de participer, d’être là tout entier, musique s’il vous plait !

Après la prière, la bénédiction : 3 fois l'eau sacrée (3 fois pour la trinité hindoue)

Après la prière, la bénédiction : 3 fois l’eau sacrée (3 fois pour la trinité hindoue)

Tout petit, on ne fait pas moins partie de la communauté

Tout petit, on ne fait pas moins partie de la communauté

Si chacun est coiffé de blanc pendant une cérémonie c’est pour offrir un chemin au dieu de passage,  les bois odorants et les encens emportent l’essence des offrande vers les divinités… pour que celles-ci apportent la prospérité à la communauté et que les mauvais esprits causent le moins d’ennuis possibles,

chaque statue, chaque divinité est décorée, honorée...

chaque statue, chaque divinité est décorée, honorée…

Tant et tant de sens, de symboles, d’énergie déployés. Impressionnant. Littéralement.

A peine quelques images déposées sur la toile, l’essentiel est ailleurs, dans l’expérience partagée avec générosité par chaque membre de la communauté.

« on ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux » écrit Antoine de Saint Exupery, (Aurait-il assisté à une cérémonie balinaise ?)

Petit matin et visite du site de Gunung Kawi

A 5 h 20, la nuit tout doucement se défait de ses grands voiles sombres, l’air est saturé d’humidité, les coqs se répondent d’un balé, l’autre, crissement des cigales, de petits crapauds s’aventurent à travers le jardin, l’air vrombit littéralement du bruit des insectes, instant précieux,où chacun évolue en silence, avant que le jour ne se déploie.

Sur le chemin, je croise les hommes en partance pour leur sawah*  la serpe à la main ou glissée dans le sarong, un héron s’envole sous mes pas, l’eau des canaux résonne et se répand de niveau en niveau, c’est l’heure des oiseaux et de grands papillons noirs dessinent de mystérieux hiéroglyphes sur le vert des rizières.

parcelle individuelle de rizière

Adi et Ebi prêts pour l'école

Mais au retour c’est Adi et Ebi, les garçonnets en uniforme que j’épingle

Siti trie avec un grand sérieux les fleurs de Frangipaniers pour les offrandes, les fleurs fraîches seront posées en hauteur, pour les Dieux, les fleurs fanées, au sol pour les démons, grand sourire et coucou de sa petite soeur Sita …

Siti la grande devant et Sita sa petite soeur

Sita la grande devant et Siti sa petite soeur

Coco, Dom, Geneviève, Sylvie, Johanne et Wayan Tara : Sarong et ceinture pour tout le monde : journée aux temples (Gunung Kawi puis cérémonie à Payogan)

Coco, Dom, Geneviève, Sylvie, Johanne et Wayan Tara : Sarong et ceinture pour tout le monde : journée aux temples (Gunung Kawi puis cérémonie à Payogan)

Girouette chez les marchands du Temple de Gunung Kawi

Girouette chez les marchands du Temple de Gunung Kawi

S’imprégner de la majesté du site de Gunung  Kawi**, tout en bas d’un immense escalier de pierre, la rivière Pakrisan au milieu des rizières.

** Gunung Kawi est un temple construit au xie siècle dans le nord-est de Tampaksiring près d’Ubud. 

Le complexe auquel on accède comprend 10 sanctuaires (5+4+1) en forme de candi (du nom de Candi ou Candika,  forme démoniaque et destructrice de la déesse Sakti). creusés dans le rocher de la falaise sur une hauteur de 7 m. Ces monuments sont supposés être dédiés au roi Anak Wungsu (de la dynastie Udayana) et à ses épouses.(source Wikipedia)

La légende raconte que le géant kebo Iwa sculpta tous les monuments en une nuit avec ses ongles.

descente vers le site de Gunung Kawi

descente vers le site de Gunung Kawi

Wayan Tara devant les candis de Gunung Kawi

Wayan Tara devant les candis de Gunung Kawi

Les cellules de moine à Gunung Kawi

Les cellules de moine à Gunung Kawi

Emouvant le silence des pierres, dans le bruissement de la nature qui l’enserre.

Nous ne sommes pas de purs esprits et l’émotion nous donne faim, Wayan nous emmène dans un minuscule warung en bord de route, où la cuisinière toute étonnée de se retrouver face à 5 occidentales affamées, nous sert avec les doigts un délicieux nasi campur (du riz, des épinards, des crevettes et du tofu frits, des cacahuètes grillés… 7000 roupies, environ 60 centimes)

modeste cuisine mais délicieux Nasi Campur

modeste cuisine mais délicieux Nasi Campur

Pas de commodités dans les petits warung, et Wayan, prévenant, nous emmène à sa suite chez une de ses connaissances (membre du gouvernement précise-t-il) dont nous utiliserons, avec sa bénédiction, les toilettes….

(Vraiment sympa, cet homme là … imaginez un guide se présentant à la porte de chez vous avec 5 touristes en quête de toilettes… )

Orchidées et créatures mythiques dans le jardin de notre hôte momentané

Orchidées et créatures mythiques dans le jardin de notre hôte momentané

Toutes les décorations sont sculptées et peintes par de patientes petites mains inspirées par la Muse

Toutes les décorations sont sculptées et peintes par de patientes petites mains inspirées par la Muse

Rizières de Jatiluwih

Il y a un péage sur la route qui traverse les rizières de Jatiluwih (patrimoine mondial de l’Unesco) sauf quand Wayan Tara nous emmène par la route des écoliers, de l’autre côté… de l’escalier de géant.

Marche de géant, dans les rizières de Jatiluwih

Ivre de vert, vertigineux, marcher, dans la chaleur et le silence de fin de matinée, sur d’étroits passages entre deux champs,  comme en apesanteur

Un éclat lumineux de minuscules fleurs bleues

ponctuations bleues

ponctuations bleues

Le sourire d’une rencontre

aller au champs

aller au champs

Les mots manquent pour dire le temps dilaté, le regard ébloui, la légèreté joyeuse des moments égrenés.  Bali café, cacao, ginseng, citronnelle, gingembre, red ginger, faire son miel de tout.

Les ruches sont des cylindres suspendues aux branches, drôles de tambour en sourdine.

Ruche

Ruche

Sur les hauteurs en direction de Munduk, des pompons indigo, les hortensias, l’odeur intense des girofliers, la jungle accrochée à la montagne.

Descente raide vers le murmure de la cascade en contrebas, marche entrecoupée par le va et vient de scooters lourdement chargés. A la volée, d’éclatants hello tout sourire, une dernière halte au Temple Pura Ulun Danau Bratan

Le Danau Bratan (photo de Joh DION)

Le Danau Bratan (photo de Joh DION)

Rentrer dans la nuit noire. A peine visibles, indifférents à l’incessant ballet roulant, les chiens nonchalants, les passants sur la route ne s’écartent pas, .

Marché de nuit, de petites lampes au halo hasardeux éclairent la vie du soir, quelques emplettes dérisoires, avant de dîner pour une poignée de roupies au warung préféré de l’épouse de Wayan,

Danse Barong au Village de Batulaban

La danse Barong et du Kriss* à Batulaban, n’avait lieu qu’une fois par an mais Dieu a accepté que cette danse ait lieu tous les jours pour faire connaître la culture, explique Wayan Tara.

Ce matin, sous un ciel bleu pommelé de blanc, près du temple, se rejoue l’éternel lutte du bien et du mal. Envoûtant le son du gamelan, les costumes et les masques, la théatralité appuyée de chaque geste, ensorcelante la grâce des danseuses, et puissant le moment où les danseurs armés de Kriss, en transe, se précipitent au secours du Barong, attaquent violemment Rangda la sorcière, dont la magie les pousse à retourner leurs armes contre eux, le pouvoir du Barong les empêche à son tour de se blesser, l’équilibre est maintenu…

Danse Barong et du Kriss à Batulaban

Danse Barong et du Kriss à Batulaban

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* »Barong, créature mythique à la longue queue incurvée qui se balance, représente le bon côté : c’est le protecteur de l’humanité, la gloire du soleil au zénith, un esprit faste associé à la magie blanche et positive. La sorcière-veuve Rangda est son complément. Elle règne sur tout un monde de mauvais esprits et de sorcières qui hantent les cimetières la nuit. Les deux personnages sont faits de la même substance terrestre et possèdent une force magique puissante… L’essence du Barong et Rangda reste le conflit éternel entre les deux forces cosmiques, que symbolisent les deux protagonistes. »… (Gallimard, le grand guide de Bali)

Ubud, le matin

à 9 h du matin, Ubud est encore calme, il fait bon s’y promener, avant que le soleil ne soit trop haut, trop chaud.

S’engouffrer, dans la chaleur sombre du marché,  dans le dédale des étals où se côtoient  les fruits, les légumes et les paniers, les sarongs et les bouddhas, les petites vieilles édentées et les jolies poupées.

Une marchande de paniers à offrandes, tout sourire, au marché d'Ubud

Une marchande de paniers à offrandes, tout sourire, au marché d’Ubud

Parcourir la Monkey Forest street, ce grand U plein de petites boutiques et cafés qui n’en finit plus, la chaleur monte alors s’offrir un jus d’avocat au chocolat en contemplant les rizières que la ville n’a pas encore grignotées… après s’être offert un massage des pieds (40.000 roupies, moins de 4 €) qui donne des ailes, retourner chez ibu oka où une petite fille fait ses devoirs sous l’oeil bienveillant d’une grand mère, dans le va et vient des clients et serveuses.

Les devoirs pour l'école, sur la paillasse au restaurant Ibu Oka à Ubud

Les devoirs pour l’école, sur la paillasse au restaurant Ibu Oka à Ubud

Garder les yeux ouverts : derrière les murs, la sérénité d’un jardin. Les coqs sous leur cloche de bambou tressé, des statues sentinelles.

A Ubud, à travers une porte ouverte, le calme d'un jardin

A Ubud, à travers une porte ouverte, le calme d’un jardin

Garder les yeux ouverts et regarder où l’on met les pieds : pour ne pas piétiner les offrandes sur le sol, ni s’empaler sur un balai, ni s’étaler sur la pavé un rien disjoint….

Attention à la marche !

Attention à la marche !

Un petit garçon, très appliqué et très sérieux, aide son papa à poncer une planche

Un petit garçon, très appliqué et très sérieux, aide son papa à poncer une planche

Louées soient les offrandes sur les selles des vélo à louer , elles protégeront le cycliste

Louées soient les offrandes sur les selles des vélo à louer , elles protégeront le cycliste

Dans le café où je me suis arrêtée, une jolie serveuse s’en va munie d’une perche récolter des mangues pour les jus de fruits frais, elle me propose de l’accompagner, rieuse et spontanée.

Je suis bien, comme enveloppée de la douce brise des ventilateurs, l’odeur du figuier, celle des frangipaniers. Un peu plus loin, la mélodie entêtante du Gamelan, le ronronnement des scooters, le babillage des enfants , les coups secs de la machette qui tranche et hache les légumes.

Et encore partout, partout ces marques de foi, les étoffes qui drapent les statues, entourent les esprits, les offrandes pour contenter chaque Dieu, les petites ombrelles dont l’ombre tutélaire nous protège et cette manière prévenante et douce d’être au monde.

La beauté éternelle et éphémère, à portée de mains

La beauté éternelle et éphémère, à portée de mains

Retour à Keliki en scooter, avec Nyoman, toujours exact, et son sourire toujours le précède, thé et papotage à Keliki, les nouvelles du jour, les projets du lendemain, la douceur du moment présent.

Wayan Tara, ce soir, nous emmène voir le spectacle de danse Kecak* au temple du village de Junjungan.

Nous sommes moins d’une douzaine de touristes, trônant sur quelques fauteuils en plastique face au Temple.

Dans la pénombre, sur le côté, les villageois petits et grands, sont venus assister au spectacle.

Ambiance et chant envoûtants,  la grâce des danseuses s’oppose au grotesque des démons, le bien et le mal s’affrontent dans une débauche de gestes, d’incantations et de symboles,

* La danse kecak raconte un épisode du Ramayana, le récit épique hindou, au cours duquel l’armée des singes commandée par Hanuman aide Rama à délivrer son épouse Sita, prisonnière de Ravanna, le roi de Lanka, qui l’a enlevée.
Les danseurs sont assis en rond, autour d’un feu, et produisent eux-même le rythme de la danse, en poussant des ‘tchac – tchac – tchac’ immitant le cri des singes, et qui donnent son nom à la danse : la kecak.

Rizières, cérémonies et drôles d’oiseaux

Nous sommes sur la route, pour un demi tour* à la carte, concocté avec Wayan Tara, à proximité du village de Keliki,

Je ne me lasse pas du bel ordonnancement des rizières, des sourires donnés, échangés, de cette joie sereine que distille chaque parcelle de temps..

Sur la route de Payogan

Douce intimité avec le sacré, prendre soin de son karma, ici et  maintenant, partager.

Offrande à Dewi Sri, déess.e de la fertilité et du riz

Au Village de Payangan, une cérémonie se prépare. Wayan Tara raconte, les couleurs de la foi, la montagne et les dieux, la mer et les démons, les offrandes pour rendre grâce aux uns et apaiser les autres, les banyans arbres sacrés où habitent les esprits du bien, l’obligation de solidarité de chacun dans des communautés multiples.

Les femmes du village préparent des offrandes pour la grande cérémonie de Payangan

« Forces du Bien, puissances du mal ( Dans le Grand Guide de Bali – Gallimard) :

« Depuis la nuit des temps, les gens de Bali ont conçu un univers ordonné qui s’étend depuis les cieux, au-delà des montagnes, jusqu’aux profondeurs de l’Océan. tout dans la nature a une fonction, une place, un rang : les Balinais accordent à chaque élément naturel une signification magique et spirituelle. Tout ce qui est sacré est associé à l’idée de hauteur, aux montagnes et au majestueux volcan Gunung Agunf, en amont.

Tout ce qui est mauvais ou menaçant est du domaine des forces infernales, de l’océan insondable, en aval. Les gens doivent vivre dans la sphère intermédiaire : la plaine fertile entre mer et montagne.

La nature est donc constamment divisée en deux : haut et bas, droite et gauche, jour et nuit, force et faiblesse, santé et maladie, soit d’une manière générale entre le bien et le mal, la vie et la mort. Chaque élément illumine l’autre dans l’enceinte de la création et tout le rituel Balinais consiste à jongler pour maintenir un équilibre, une harmonie entre ces deux pôles »

Dans le beau jardin du « Bali Bird Parc »,et de son pendant le bali reptile park, une promenade amusée devant de drôles d’oiseaux du bout du monde,

Il n'y a que cet oiseau là qui ait eu l'air arrogant sur mon chemin

Il n’y a que cet oiseau là qui ait eu l’air arrogant sur mon chemin

confidence sur une branche au Bali Bird Park

confidence sur une branche au Bali Bird Park

Le rouge et le noir

Le rouge et le noir

Beaucoup de photos floues, les oiseaux rares** ne posent pas pour moi, c’est fou.

Une démonstration de vol où deux rebelles ne se laissent pas facilement récupérer, un moment de flottement à voir la gent ailée se rebiffer : le dresseur, Indiana Jones propret, grimpe sur un muret, avec, au bout des doigts, de quoi appâter le bel oiseau récalcitrant… qui ne s’en laisse pas compter…

Sur le chemin du retour une haie d’honneur de centaines de Bouddhas, Shiva, Ganesh et autre déités au milieu desquels s’égarent quelques grenouilles, c’est le village de sculpteur sur pierre de Batulaban,

 
La fabrication d'une statue de  Ganesh

La fabrication d’une statue de Ganesh

Un attroupement le nez en l’air : au milieu des feuillages j’aperçois un singe rouge, unique à Bali nous dit Wayan Tara, plus loin un singe noir se cache dans un gigantesque banyan où se dissimule une statue, mais le banyan est arbre sacré, demeure des esprits et refuge des hommes sous son feuillage, et nous ne verrons pas cet animal là.

Les curieux au pied de l’arbre, c’est parce qu’il se pourrait que le singe rouge, habitant du cimetière depuis quelque temps, soit une réincarnation d’Hanuman le dieu singe,

Quelques jours plus tard Wayan Tara apprendra avec tristesse la mort de ce singe dans le journal.

Quelques jours plus tard Wayan Tara apprendra avec tristesse, dans le journal, la mort de ce singe

Je n’ai gardé en mémoire de la cascade vers laquelle nous cheminons ensuite que sa fraîcheur bienfaisante, arbres et eau de haut en bas… dans le murmure des silences.

cascade aux environs d'Ubud

De Keliki, une pause thé en joyeuse compagnie plus tard, Eka  et Irak (né au moment de la guerre du même nom…) nous emmène en scooter au village de Petulu, voir les hérons du soir, venir par milliers se poser dans les arbres qui dominent le village.

On dit que ces aigrettes blanches sont l’âme des morts, venues se poser là, après la purge anti communiste de 1965,  alors les habitants prennent soin des oiseaux, qui reviennent et reviennent encore.

Plan de Ubud à Keliki

Plan de Ubud à Keliki

Gourmande; moi, c’est au marché de nuit de Tegallalang que je reviens et reviens encore, déguster des satay ayam (brochettes de poulet sauce au cacahuètes)  des martabaks (crèpes fourrées à la noix de coco, à la banane ou aus cacahuètes) ou des beignets de patates douces pour peanuts…

* demi tour : à Keliki, avec les chauffeurs-guide, on peut organiser ses excursions à la carte, comme on veut, avec qui l’on veut. Sur le tableau blanc les envies d’excursion du jour, ou du lendemain, ou même d’un peu plus tard, à partager, si l’on en a envie …

** les oiseaux rares = private joke

Excursion vers le Nord

Sur le tableau de bord de la voiture, Wayan Tara, notre guide,*  a déposé l’offrande préparée par son épouse, pour protéger notre chemin. Il affectionne ce qu’il appelle « the bad way », Moi aussi.

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Emprunter les chemins de traverse. La vie va, harmonieuse. Il manque aux images l’atmosphère si particulière de ces chemins là, la sérénité joyeuse des rencontres.

En équilibre, les offrandes

Rien n’est plus important que célébrer les dieux ou les ancêtres, apaiser les démons. Maintenir l’équilibre du monde. Créer patiemment de la beauté. Jour après jour.

main street

Bord de la route et femmes parés pour les cérémonies passées ou à venir, chiens curieux, scooter, la traversée d’un village

Une oeuvre d’art sur l’épaule

Intarissable sur les coutumes de son île, Wayan Tara a quatre enfants : trois filles et un garçon. Il est cultivé, fier de ses traditions et musicien. La route du nord traverse Pisan, son village, et c’est un arrêt mémorable. Plein soleil sur l’heure de la récréation, les enfants curieux de moi comme je le suis d’eux,  nous échangeons des sourires et des mots.

Déesse de la sagesse, de la connaissance et des arts

Les écolières et Sarasvati,
Déesse de la sagesse, de la connaissance et des arts

Saraswati, un rouleau dans la main droite pour ne jamais oublier d’apprendre, une fleur de lotus pour la foi, un instrument de musique pour les arts… Grandir… S’élever.

les écoliers et la petite boutique de bonbons

Douceur de se poser dans le Balé familial, siroter une tasse de café de sa plantation, déguster les beignets de bananes et de mais préparés par la fille aînée de Wayan, tandis qu’il nous joue un petit air de rindik (instrument traditionnel en bambou).

Aling Aling à l'entrée du Bale de la famille de Wayan Tara

Aling Aling à l’entrée du Bale de la famille de Wayan Tara

Les démons et les mauvais esprits ne savent avancer qu’en ligne droite. Le mur (Aling Aling) situé juste après l’entrée et que l’on doit contourner à gauche ou à droite protège les habitants du balé de leur intrusion. Chez Wayan Tara, des plantes à épine sont plantées devant : deux précautions valent mieux qu’une.

Les démons et les mauvais esprits ne savent avancer qu’en ligne droite. Cela me plait bien, ce concept !

Grenier à Riz dans le Bale de Wayan Tara

Grenier à Riz dans le Bale de Wayan Tara

Wayan Tara, son fils et le rindik

Wayan Tara, son fils et le rindik

Petits curieux et gamelan chez Wayan Tara

Petits curieux et gamelan chez Wayan Tara

La maman et les chouchous

La maman et les chouchous

Le long de routes défoncées, vue sur la jungle, les rizières et le mont Agung enrubanné de nuages, passage à Singaraja, l’ancienne capitale, toute imprégnée de l’influence de Java,

Pause en blanc au bord de l'océan

Pause en blanc au bord de l’océan

Temple chinois, déjeuner avec vue sur les rizières, la jungle et la montagne en face, les bateaux de pêcheurs au bord de l’océan sur les côtés : un concentré de Bali. Le long de la route, les girofliers en veux-tu en voila, saturent l’air de leur parfum entêtant.

Clous de girofles à différents stades de séchage

Clous de girofles à différents stades de séchage

Gravir les hautes marches d’un temple bouddhiste, Longer les lacs Buyan, Tambligan et Bratan.  Plonger le nez dans les pompons blancs à l’odeur sucrée du café de Bali.

Les pompons blancs du "café Bali"
Les pompons blancs du « café Bali »

Et encore le Pura Ulun Danau Bratan, un peu perdu, sans les reflets de l’eau qui l’a déserté, c’est la fin de la saison sèche.  Au retour, la nuit enveloppe très vite le paysage, et je me laisse bercer par la musique du groupe de Wayan, les lenteurs du chemin de retour, la fatigue du jour. Il fait bon retrouver la maison, boire le thé en papotant, les yeux plein d’images, un peu plus sage.

* Florence, hôte de Kadek et Irak, partage le tour « du nord via Bratan » avec moi, ce jour-là