Paris Spina Bifida Catania Taormina

Dans le titre du post, ne cherchez pas l’erreur, il n’y en a pas. Au dessus des nuages, il y a les confidences de Maria, à côté de moi, intarissable dame brune. Raconte sa vie de sicilienne à Paris, enfants grandis dont une, Maryse est née handicapée, mais joie de vivre incarnée,  atteinte de spina bifida mais en marche, sa mère à ses côtés, toutes entières accrochées à la vie. Maria se lance et organise les liens entre patients et médecins, vole de conférence en conférence, d’un pays l’autre, donne sens à la souffrance, la transforme en énergie positive. Elle irradie.

Maria parle et je l’écoute, Maria parle et parle encore, puis s’endort brusquement. Phrase en suspens. Je dépose ces quelques mots pour elle, et pour Maryse, et leur éveil !

Lourds nuages noirs sur Catane, lumière diffuse des averses, circulation dense sur une autoroute défoncée, nids de poule et fissures. Entre le théâtre grec et le théâtre romain, Casa Dana à Taormina, une clé sur la porte, un cœur accroché et personne ne répond. C’est que la signora est très âgée, toute pliée, un souffle pour désigner en haut de l’escalier très raide la chambre 2, une chambre de pensionnat, couvre lit à angelots, carrelage froid.

Taormina se vide le soir venu, les boutiques à touristes ferment, le petit vent glacé fait se presser les rares passants, un chat roux et le silence est doux, sous la lune ronde qui dessine des images dans les nuages, belle architecture, ruelles pavées, échappées d’escalier et tout en bas la mer que l’on devine, la rumeur lancinante des vagues, les lumières au loin tremblent et ce sont joyaux qui vacillent.

J’aime que la ville soit presque déserte. La beauté que recèle le vide entre les murs pleins, ces histoires que l’on s’invente alors, des romans du passé, désirs, espoirs, luttes, amours toujours recommencés.

O les vitrines de massepains dodus, limoncello, oranges charnues, odeur doucereuse et puis l’élégance à l’italienne dans les boutiques de luxe installées sans vergogne dans des maisons aux allures de palais.

Place du IX Aprile, les damiers bien rangés sous un ciel désordonné, éclairée la fontaine de la piazza del Duomo, mosaïques d’il y a 2 siècles avant J.C. Le passé incrusté dans un présent nonchalant de fin d’hiver, le bonheur d’arpenter cet instant.

Tour de la Presqu’île de Bukit

Jeudi 11 octobre 2012

Une longue nuit plus tard, grande lumière sur le matin et mic mac de sac. J’aimerais voyager les mains dans les poches. Seul le regard. Les yeux et le coeur grand ouvert et rien d’autre.

Une envie d’ailleurs, dépayser son visage, dévisager les paysages, aller vers.

Oeufs brouillés, pain grillé, smoothie papaye/ananas avec les oiseaux et les scooters en fond sonore. Les petites mains silencieuses agitent leurs chiffons et puis la fontaine glougloute. Je suis à Bali.

Guides et forums, blogs et avis de voyageurs, j’ai préparé mon voyage, mais pas trop, pour la fraîcheur de la découverte, vivre l’instant.

Sur le forum du routard une discussion évoque un lieu inspirant.

Ce sera ma deuxième étape à Bali, et je reste longtemps, et j’y reviens, le coeur content.

Florence, Fred et Sophie,  accompagnés de Wayan Darsa, passent me chercher à 10 h. Nous ferons ensemble le tour de la Presqu’île de Bukit. Partage des impressions. Partage des frais.

Marché Kumbasari à Dempasar, un des plus grands de Bali. Sur plusieurs étages, tout ce déballage, dont le premier niveau sent si mauvais que je passe en apnée.

Une volée d’escaliers mène au-dessus, délectables fruits, épices odorantes, des sarongs et des étoles, des offrandes et des paniers et cette petite dame qui nous suit partout, resurgit quand on croit l’avoir semée, et s’alarme de sa banqueroute quand Florence négocie âprement l’achat de nos sarongs.

Direction  la plage de Jimbaran  pour déjeuner. Calamars, poissons et gambas, frais pêchés, vite grillés, dégustés le regard plongé dans les rouleaux de menthe glacée de l’océan à nos pieds.

Nusa Dua, réserve bien léchée de riches étrangers, pas une pousse de mauvaise herbe ne dépasse et d’ailleurs, il y a garde et péage à l’entrée, pour ne pas tout mélanger. Nous sommes là pour le musée Pasifika, inspirante collection de peintures et sculptures d’Indonésie, de l’ Asie et du Pacifique.

Changement de décor, au bout de la presqu’île, le village de surfeur d’Uluwatu. Une impressionnante falaise plonge droit dans les rouleaux que taquinent quelques jeunes gens.

Haut perché ce petit village créé de toutes pièces pour cette clientèle là, jeune, sportive, bronzée et pas très fortunée. Bars et fringues pas belles et pas chères.

Oui mais la puissance de l’océan tout en bas, les poissons d’argent brillant dans la bassine  posée à mes pieds,  une petite vieille fripée, édentée, me propose un massage, je préfére siroter un jus de fruits frais mixé, face à l’horizon qui m’échappe.

Le temple d’Uluwatu, je ne le trouve pas très beau ce temple, mais tellement joliment posé sur sa falaise au soleil couchant que je comprend pourquoi cette invasion de minibus et de vans dans le parking, engorgé.

Il y a le faste du crépuscule,  Il n’y a pas de photo. Insaisissable beauté. Il y a les singes voleurs et leurs amis les marchands de cacahuètes, la longue route pour rentrer au village de Keliki. La fatigue et la douceur d’être là. Mélangées.