De Gangi à Cefalu

La route traverse la montagne, brodée de neige, vent glacial. On ne croise que les chèvres, les vaches, un berger. A Castelbuono, la vie au ralenti, en demi teintes, régal de pâtes aux champignons et aux amandes dans l’Enoteca déserte. Le patron du bar Cin-Cin, en mal de conversation française, à laquelle je ne comprends pas tout.

 

 

La route serpente encore vers Pollina, perchée sur son rocher. 3 jeunes garçons jouent au ballon et se renseignent sur cette drôle de touriste solitaire. Les ouvriers aussi qui me demandent si je suis une « tourista ». Le soleil, le ciel bleu aux abonnés absents. La magie du silence, le vide apaisant.

 

Cefalu, le froid pénétrant. Le loueur d’Airbnb nous plante là. Les sympathiques propriétaires du bed and breakfast d’en face, à qui je ne raconterai pas ma vie mais qui acceptent de défaire le « letto matrimoniale » pour nous préparer des lits jumeaux. La pluie nous suit. Lumière changeante. Vagues énormes. Longue balade et pause au bar. Aperol Spritz. J’avais oublié le nom de cette boisson orangée que les jeunes sirotent à cette heure, en parlant d’abondance.

« Loin d’être candide en pensant que tout va bien, on a conscience que le chaos existe. On ne se laisse pas cependant intimider en s’imaginant qu’il peut quelque chose contre l’existence et son essence. Ainsi, on traverse la tempête au lieu de se laisser submerger par elle. Foi insubmersible dans le principe harmonieux de toute chose, la sagesse est alors non seulement un bonheur, mais le bonheur même » Bertrand Vergely « Deviens qui tu es »

Lanzarote (clichés) 2

Baignée de rumeurs et de silence, être seule, loin des liens, des miens, près de moi, décalée,  petit pas de côté.

Comme les pensées, comme les sentiments, entraînés par la vent, l’ombre et la lumière tour à tour enveloppent un paysage rude, noir et brun mêlé de sang, au loin le bleu insolent de l’océan rebrodé de blanc éclatant.

Montagna di fuego, Timanfaya. Univers lunaire, austère, accentué par les nuages qui plombent la lumière. Des cratères, d’intenses drapés de lave et de poussière, des sculptures altières. Tant de magma aggloméré. Art brut des millénaires. On ne fait que passer dans ce paysage décomposé.

Route de la Geria. Patience et foi des hommes qui pour un peu de vin donnent tant de temps et ordonnent le chaos omniprésent.

Le ciel sombre fait écho au noir profond du basalte. Mon désir de bleu, de lumière se perd dans une symphonie de gris. Je me sens bien pourtant, solitaire, silencieuse, portée par le vent, le vide et l’absence.

***

Le Parc National de Timanfaya est interdit aux voitures particulières et aux randonneurs, seuls des autocars habilités (9 €/pers) en permettent l’aperçu le long d’une route de 8 km à l’intérieur du parc.

Il est possible de randonner dans le parc naturel des volcans, alentour. J’avais réservé la randonnée sur la lune. Pas pu la faire, avec une seule jambe, c’est  moyen, mais très bon contact par mail avec Gilles,  un des organisateurs.

Lanzarote (clichés)

« Accepte d’être modelé par la situation quand elle diffère de ce que tu avais prévu. Ainsi tu atteindras ton but malgré tout » Yi king

Imaginer randonner sur la lune

dans le parc naturel des volcans de Timanfaya

Noire, brun, rouge sang, âpre la lave

Lumière bleu vif, blanc éclatant

Imaginer arpenter l’île, marcher, nager, rêver

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Rêver

Empêchée de marcher, les yeux dans les yeux de l’océan

Le regard au large, le coeur en dedans

 

« hâte toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie » Sénèque

La rumeur lancinante de la mer, celle des voitures glissant sur le sol détrempé, l’étendue mouvante aux couleurs changeantes, gris uniforme, tranche napolitaine frangée d’écume, le feston presque noir des algues déposées et la pluie dilue l’horizon. Vol de sternes à contre vent. J’imaginais marcher dans le bleu du ciel, sur le brûlé de la terre, je suis posée, bien obligée, dans le camaieu des gris de tempête. Apprivoiser cette contrainte là. Gris acier montée haut, une déchirure de ciel bleu, le vent décoiffe les palmiers et mène promptement ses nuages gonflés d’eau, au loin un avion et l’horizon se noie brusquement.

Une nuance d’amande dans l’acier des marées, une ligne de lumière glacée entre ciel et mer, je contemple les broderies d’écume finement dessinées, soyeuses et mouvantes, ardoise surligné de blanc, lourds nuages d’étain,  soudain le chatoiement de mille étincelles. Bleu marine, émeraude, un coeur dessiné sur le sable, de larges brassées de soleil illumine l’écume de l’intérieur, dans le cercle de mes jumelles la quête d’un courlis cendré solitaire, celle d’une aigrette garzette, quand la plage dévoilée exhibe ses croûtes noires que les algues verdissent.

Vient le temps du paseo lungomare dans la mouvance duquel je ne peux me glisser, douceur du soir, ciel dégagé, nuages au loin, le soleil couchant, sur la plage blessée où l’eau affleure, dessine les écailles d’un monstrueux poisson.

….

Petits détails pratiques, budget

Fin novembre. Saison creuse à Lanzarote, prendre un vol sec est long (2 escales entre 7 et 17 h de voyage…) semble (presque) aussi onéreux qu’un package vol+transfert+hôtel demi pension

mais :

réservé sur sncf.com,  7 jours en demi pension à l’hôtel Diamar Arrecife : 548 € (+ 75 € chambre individuelle + 70 € vue sur mer + 60 € de taxi pour Roissy, il faut être à l’aéroport à 3 h !!! = plan moyen !!!) cerise sur le gâteau version carbone, nous étions 13 dans un boeing 737 à l’aller… plus de personnel à l’aéroport que de voyageurs : cherchez l’erreur ! Tout ça fait mal à l’écologie (mauvais plan) ! 

Location de voiture avec Cicar : 96 euros pour 4 jours et une fiat 500 jaune vif un peu poussive, pas de supplément de franchise, ni pour que la voiture soit mise à disposition à l’hôtel. Essence 30 € pour les 4 jours (l’île est petite)

Pour visiter les principaux sites de l’île, mieux vaut à la première visite acheter un bon (30 €) pour 6 entrées (Montagne de feu, Mirador del Rio, Cueva de Los Verdes, Jameos del Agua, Jardin de Cactus et Castillo san Jose)

Cafe con leche entre 70 c et 1.90 € suivant le lieu,  parillada de poissons en bord de mer : 25 €/2 pers, 13,50 € 1 pers, pizza 5 €, bocadillo (sandwich) 2,50 €

 

Fête de Ganesh

La ferveur des croyants, les grands yeux noirs émerveillés des enfants, les couleurs chatoyantes des saris, des offrandes, l’allure intemporelle des hommes torses et pieds nus, le vacarme des tambours et le chuintement des sonos aux airs lancinants, la délicatesse des motifs qui seront vite foulés aux pieds des autels.

Ressentir la jubilation de ceux qui jettent contre le sol des noix de coco dont la coque fracassée laisse échapper autant d’âmes en offrande.

S’emplir les yeux et l’âme  de couleurs et de senteur, ô le jasmin et l’encens mélangés, foule bigarrée.

Etre là, être ailleurs.

La fête des Chars de Ganesh :

Le Seigneur Ganesh est le fils des divinités Shiva et Paravait. Symbole de l’amour et de la connaissance, ce Dieu-enfant à tête d’éléphant est, pour les Hindous, à l’origine du monde et de tous les évènements de la vie. Le dernier dimanche d’août, il est célébré à Paris (et dans le monde entier) lors d’un défilé où les fidèles suivent les chars qui lui rendent hommage. Ces chars sont tirés par des dévots pieds nus et torse nu, en signe d’humilité, et le parcours est purifié avec des roses et du safran. L’occasion pour les dieux de répandre leurs bénédictions sur les fidèles.

Brèves de Corée du Sud

Brèves images étonnées,  topiaires lutins, fils du ciel et nuances de soie, lumières  poétiques, couleurs et saveurs dépaysées, la relève de la garde comme un jeu sérieux, cris rauques et martèlement du pied, la ville encombrée, le Palais au temps arrêté, la Montagne, tout près. Brèves de Corée.

 

Mariage traditionnel à Samcheonggak (Séoul)

En mai fais ce qu’il te plait

moi j’en connais qui se sont mariés

en Corée

Les oies sauvages du mariage

Et voilà, vêtus de soie,

enrubannés de musique et de hourras

un porteur d’oies sauvages en bois,

un officiant et deux suivantes

des mères émues

des fiancés énamourés

début de cérémonie avec Omoni (mère) et suivantes

Les « Omoni » (mères) vont allumer les bougies, symbole du Yin et du Yang, célébrer le début de la cérémonie,

 

bougie bleue (yin) pour la mère de la mariée et rouge (yang) pour la mère du marié

L’oie sauvage  symbolise la fidélité dans un mariage heureux

Rituel des mains lavées dans de l’eau claire, purification du corps et de l’esprit, renaissance aussi

la moitié d'un tout

La légende veut que les époux n’aient été qu’un avant leur naissance, le mariage les réunit à nouveau.

Ainsi les deux moitiés de calebasses, que les fiancés lèvent vers ciel, baissent vers la terre, portent au niveau de leur poitrine pour se prêter serment, où ils boivent tour à tour et alternativement, avant de les rendre aux assistantes qui les assemblent et les portent unies et haut vers l’infini.

 

Les fiancés se saluent et s’inclinent, une fois pour le fiancé, le yin est associé au nombre impair, deux fois pour la fiancée, le yang est associé aux nombres pairs

le fiancé, la suivante et l'officiant

fuseau de soie tressés

Les assistantes tissent ensemble  les écheveaux de soie rouge pour le fiancé, de soie bleue pour la fiancée symbole du caractère sacré de l’union entre un homme et une femme, entre deux familles, avant de les poser sur le pin et le bambou, longévité et prospérité à eux !

omoni, fiancés et suivantes

 

Châtaignes d’eau pour les garçons, jujubes pour les filles, la mère du fiancé souhaite fertilité et prospérité aux jeunes mariés

nourritures symboliques

Intime le moment des salutations et des vœux de bonheur

boire à la même coupe et faire un voeu

Faire des vœux pour les dieux du ciel, les dieux de la terre, l’un envers l’autre, échanger, partager

Nourritures symboliques

La châtaigne est porte bonheur, la jujube symbole de richesse, d’honneur et de longévité,

…Et le monde prend sa source  et son origine dans le jeu subtil de deux forces élémentaires et complémentaires, le Yin et le Yang (en coréen : « Eumyang  Ohaeng » )..

et le monde … et l’amour…

Décoration traditionnelle

 

 

 

 

 

Ailleurs, extérieur

Là-bas,

Comme une petite mélodie à contre jour,

entre ombre et lumière, 

dans le creux d’un vallon,  

un drôle de personnage dessine des bribes de vie en marge.

Petit, le verbe haut, râblé, costaud,

la barbe grise,  un camélia rouge à la boutonnière,

Le Sanglier, c’est son surnom

règne sur un univers hétéroclite,

à la poursuite du bonheur vagabond.

Ailleurs, intérieur – extérieur

Compte rendu en images d’heures d’hiver déjà loin, brève incursion dans une bulle à l’écart des courants dominants, si pauvre de sens notre société opulente, alors quelque part s’invente une solidarité brouillonne, de hauts et de bas, de plein et de déliés.  Economie de troc et de bric et de broc.

Qu’est-ce que l’on cherche ? et que trouve-t-on au fond ? éclats de lumière, failles, des silences et des voix, chacun cherche son chemin et trace un sillon, bon ou mauvais, qui peut le dire, sans rire ?

Une longue saison noyée de pluie, hantée par le vent des tempêtes.  Puis, comme un cadeau fugitif, soleil clair, tout enrubanné de brumes d’hiver et du chant des oiseaux.

Goûter un peu de ces saveurs douces et corsées, âpres et sucrées du cidre dans tous ses états, danser au son de l’accordéon en chantant à tue-tête, mazurkas et scottish, danse en rond et danse circassienne…

« Ce ne sont pas les marées noires qui viendront à bout de la terre…, mais cette marée innommable, sans nom, que sont tous ces cerveaux pris dans la rancœur, la jalousie, l’envie et les illusions. C’est cette pollution qui, depuis des lustres, dévore la terre, si bien qu’un jour elle nous dévorera peut-être tous »

Lorette Nobécourt « Grâce leur soit rendue »

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire » Bergson